«C’est très particulier, car on ne voit jamais ça un site consacré à une seule tâche. Ça nous permet d’en apprendre beaucoup sur la façon dont les Amérindiens taillaient la pierre entre 8 000 et 5 000 ans avant aujourd’hui», explique l’archéologue.
Le plus surprenant, c’est que le site permet surtout de constater ce qu’il ne fallait pas faire : tous les morceaux retrouvés sur place sont manqués. «Le chert, notre silex québécois, était recueilli dans une veine sur le bord du fleuve accessible à marée basse et transporté dans le boisé. Les Amérindiens préparaient alors des préformes, de gros éclats servant à fabriquer divers outils plus petits comme des couteaux et des pointes de lances, qu’ils amenaient ensuite avec eux sur d’autres sites. Les morceaux qu’on retrouve ici sont ceux qui ont été manqués et qui devenaient donc inutilisables», explique Michel Plourde.
C’est la toute première année de fouilles dans le Boisé Saint-Félix, ce qui fait qu’il est encore impossible pour le groupe d’archéologues de rattacher les éclats de pierre découverts à un quelconque groupe ou village des environs. «Je pense que la visite sur le site était prévue dans une sorte de calendrier annuel ou saisonnier. Ils pêchaient, ils chassaient, ils venaient se ravitailler en pierre. Mais pour le moment on cherche, on nettoie, on étudie et on écrit [le rapport de fouilles], ensuite on verra si on peut faire des connexions avec d’autres sites», précise le spécialiste.
De retour 25 ans plus tardEn fait, le site du boisé Saint-Félix à été signalé au ministère de la Culture en 1979 et fouillé pour une première fois en 1984. Vingt-cinq ans plus tard, c’est une entente entre la Ville de Saint-Augustin-de-Desmaures, le ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, et l’Université Laval qui permet de poursuivre le travail.
«On revient pour essayer de recréer les gestes, mettre des personnes derrière le matériel. On retrouve ici de petites lames très spéciales qu’on ne trouve généralement que chez les Inuits. On veut comprendre pourquoi les Amérindiens les utilisaient», indique Michel Plourde.
C’est que l’époque est encore mal connue. Toutefois, on assiste présentement à un boom au Québec selon le spécialiste. «Il y a une dizaine de sites qui commencent à être mieux compris. On fait aussi des comparaisons avec d’autres sites au Lac Saint-Jean et même en Nouvelle-Angleterre par exemple.»
Michel Plourde espère pouvoir poursuivre ses recherches sur le site du boisé Saint-Félix pour deux autres années. Les fouilles de cet été feront l’objet d’un rapport, déposé au printemps 2011 à la Ville de Saint-Augustin, qui pourra être consulté par la population. D’ici là, le spécialiste de la préhistoire au Québec envisage de présenter une conférence grand public sur ses travaux, question de donner le goût de l’archéologie à la population.
