Pourquoi la souveraineté est-elle probable ? C’est avec conviction et humour que l’ancien conseiller des premiers ministres du Québec, Jacques Parizeau et Lucien Bouchard, a exprimé son point de vue face à la souveraineté de la province au groupe attentif.
L’indépendance du Québec est «envisageable» et «inévitable» a déclaré Lisée au terme de son analyse sur la situation du mouvement souverainiste. «À mon avis, il faut enlever le Je me souviens sur les plaques d’automobiles pour le remplacer par deux maximes : Il y a toujours moyen de monnayer et Il y a un bout à tout», affirme-t-il.
Bien que la souveraineté ne soit plus au cœur des débats actuels, en outre avec les démissions au sein du Parti québécois, l’ex-conseiller s’est fait optimiste. Par la démonstration de l’évolution des intentions de vote depuis les années 1980 et l’assimilation de l’identité québécoise à l’instar de la canadienne française, il est venu à la conclusion qu’un référendum pourrait être remporté dans les années à venir. «Bien des gens, qui ont voté non en 1995, ont avoué qu’ils auraient voté oui s’ils avaient su que le oui sortirait aussi fort», ajoute Lisée.
Un sondage réalisé en 2000-2001 par le Conseil de l’unité canadienne a démontré que 55% des Québécois étaient contre la souveraineté et 73% contre un référendum sur l’indépendance. La question Souhaiteriez-vous un nouveau référendum sur la souveraineté si vous étiez à peu certain que la majorité des Québécois voteraient Oui ? a néanmoins récolté oui à 52%.
Ce changement de mentalité réside dans la peur légitime de l’échec de la transition a expliqué Lisée. Les gens craignent une séparation violente, mais ce qu’ils appréhendent par-dessus tout, c’est un insuccès. Le sondage du Conseil de l’unité canadienne a cependant révélé que 58% des gens interrogés seraient pour la souveraineté si un partenariat était signé entre le Québec indépendant et le Canada.
Pour pallier à cette crainte de la population québécoise, principalement d’ordre économique, Jean-François Lisée a rappelé quelques faits. «Le Québec possède les ressources pour être souverain. Nous avons une estime de soi économique que nous n’avons jamais vu dans le passé», a-t-il dit en se référant entre autres à la présence de puits de pétrole des Îles-de-la-Madeleine, à l’augmentation du nombre de Québécois sur le marché du travail et à la croissance du PIB québécois comparativement à celui de l’Ontario.
Il a ajouté que la situation est maintenant différente pour le Québec. En 1995, la province n’adoptait pas des positions bien distinctes de celle du Canada, alors gouverné par Jean Chrétien. Douze plus tard, les Québécois ne partagent plus les opinions canadiennes face à l’environnement, aux révolutions politiques du Moyen-Orient, au Code pénal et plus encore.
Pour les quelques indécis et fédéralistes présents qui ont soulevé la loi C-20 établie par Stéphane Dion, Lisée a répliqué en affirmant qu’il n’y a rien à faire avec la loi, mais que les politiciens devront se battre pour passer à travers. « La loi C-20 est une machine à bouchons conçue pour faire peur aux Québécois», a-t-il confié.
La souveraineté, le débat des jeunes
Celui qui occupe actuellement les fonctions de directeur du Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CÉRIUM) s’est réjoui de voir autant de jeunes partisans lors de sa conférence. «Il est faux de croire que le mouvement souverainiste est l’affaire d’une génération. Plusieurs jeunes disent que c’est un vieux débat, le débat de leurs parents. Mais, le choix de la salle aujourd’hui démontre bien que les jeunes sont sous-estimés face à la souveraineté», a-t-il déclaré en constatant l’espace trop limité pour le nombre de personnes présentes.
Pour leur part, les étudiants ont été nombreux à interagir avec celui qu’il considère comme l’homme de la situation. Certains lui ont même demandé quand se lancera-t-il en politique, et lui de répondre, je ne sais pas, mais ce sera un lundi.
Quant à Nicolas Grondin, étudiant au certificat en philosophie qui s’affiche en tant que souverainiste, la présentation de Jean-François Lisée très intéressante, mais il a été déçu des arguments présentés : «M. Lisée est un homme très intelligent. C’est l’intellectuel du moment au Québec. Mais, je me demande pourquoi tous les chiffres qu’il nous a présentés coordonneraient, car il n’y a pas plus de gens qui votent. Il n’a pas pleinement répondu à la question selon moi.»
Membre du Groupe Québec Hebdo
