Au-delà des modèles, il y a l’approche-produit et le profil corporatif
Si Ford a la main heureuse avec ses produits, ce n’est pas le fruit du hasard. Le grand patron, Alan Mullaly, a quitté Boeing avec le mandat de remettre Ford sur les rails. Il a, dès son arrivée, appliqué un sévère régime d’austérité au sein de l’organisation éliminant près des deux tiers des employés cadres et réduisant le nombre de plateformes de 97 à 36 avec, comme objectif, de conserver uniquement 20 à 25 plateformes communes à l’horizon 2015. C’est aussi sous Alan Mullaly que Ford a vendu Jaguar et Land-Rover qui accumulait les pertes depuis 20 ans. C’est aussi lui qui a vendu Volvo aux Chinois. Bref, Ford se concentre sur une seule chose, les produits et la façon de mieux les adapter aux réalités contemporaines. L’association avec Microsoft pour le système Sync est l’une des belles démonstrations de partenariat dans l’industrie de l’automobile, et ce système d’interface homme-machine est le plus réussi de l’industrie. Ford redevient à la mode et commence à perdre cette image de voiture dépassée. Mieux que les autres constructeurs d’automobiles américains, Ford a été capable de tirer une leçon de son incompétence de gestion et de la transformer en avantage en utilisant ses ressources de manière plus efficace. Les modèles de voitures qui, pour la plupart, arriveront sur le marché (Fiesta, Focus, Grand C-Max) proviennent d’Europe et connaissent déjà le succès là-bas. De cette manière, les coûts liés à la mise en marché sont beaucoup moindres, et le volume de ventes, pour commencer à faire des profits, beaucoup plus bas.
Un changement d’approche
Mais ce qui est le plus important, c’est la manière de gérer l’entreprise qui semble avoir pris un virage pour le mieux. On constate que Ford n’a plus besoin de faire d’énormes rabais pour vendre ses produits, les gens commencent à apprécier les véhicules pour ce qu’ils représentent et non seulement pour son prix alléchant. Le fabricant peut ainsi vendre des véhicules à un prix plus profitable. Même si le pire de la crise est passé, Ford continue d’offrir un modèle de gestion serré tant chez les employés syndiqués que chez les cadres, on mesure chaque dépense. Les usines ne font plus dans la mégalomanie et font maintenant preuve de souplesse, pouvant fabriquer plusieurs différents modèles pour répondre rapidement à la demande des consommateurs. Ford est maintenant aux avant-postes et demeure un exemple à suivre pour ses concurrents de Detroit. Le succès dépend très souvent du courage des dirigeants face à une situation difficile et à un futur incertain. Ford a été la première à prendre des mesures draconiennes, mais il semble que, aujourd’hui, elle commence à récolter les fruits de ses lourdes décisions.
Benoit Charette est co-propriétaire et rédacteur en chef de l’Annuel de l’Automobile 2011. On peut aussi l’entendre tous les vendredi à 14 :05 dans l’émission Dutrizac l’après-midi au 98,5 FM à Montréal

