«Après avoir quitté le pays pendant plusieurs années, Eugène Onéguine décide de revenir dans sa patrie d’origine. Il tombe alors follement amoureux de Tatiana, qu’il avait gentiment repoussée un peu plus tôt. Tatiana est maintenant mariée. Même si elle l’aime encore, elle voudra demeurer fidèle à son mari. C’est comme une mort dans l’âme. Il réalise qu’il est passé à côté du bonheur», décrit Jean-François Lapointe, qui campe le rôle-titre de la production de l’Opéra de Québec.
«Mon personnage est un bourgeois qui s’ennuie. L’époque romantique a amené un son assez dense au niveau de l’orchestre. Ça prend beaucoup de voix pour développer ça. On met les tripes sur la table. On peut toujours ramener ce drame à un niveau contemporain. Les sentiments humains sont toujours les mêmes: on aime, on déteste, on se chicane, on "bitche" les voisins… Aujourd’hui, c’est peut-être plus économique, insidieux», poursuit le chanteur fidéen.
Même si les rôles de jeune premier sont souvent confiés à des ténors, le répertoire d’opéras réserve quelques beaux rôles-titres aux barytons, comme dans Rigoletto, Falstaff et Hamlet. «Très souvent, le baryton est le méchant, mais ce n’est pas le cas dans Eugène Onéguine», fait remarquer le baryton.
Skype
Il s’agit d’une deuxième incursion dans un opéra russe pour le chanteur de Sainte-Foy, après avoir joué deux ans plus tôt à l’opéra de Monaco dans «La dame de pique», aussi de Tchaïkovski.
«J’ai travaillé avec une professeure qui s’occupe avec son mari du programme d’études russes à l’Université Laval. Je suis absent du Québec à peu près 10 mois par année, j’ai donc travaillé avec elle à distance grâce Skype!», lance-t-il avec le sourire.
Après avoir travaillé la diction et soupesé le sens de chaque mot russe, vient ensuite l’expression et l’interprétation du texte. Un processus qui a pris neuf mois pour Jean-François Lapointe, dont le répertoire est majoritairement en français (à environ 90%).
«On peut toujours ramener ce drame à un niveau contemporain. Les sentiments humains sont toujours les mêmes: on aime, on déteste, on se chicane, on "bitche" les voisins…» -
Six rôles en un an
L’année 2011 est particulièrement prolifique pour Jean-François Lapointe. Celui-ci doit se plier à une discipline de fer pour endosser les six rôles qu’il a à défendre à l’opéra, puisqu’il doit jongler simultanément avec ceux-ci, tout en assumant d’autres rôles sur scène.
«J’ai six prises de rôle cette année, ce qui est assez rare. Après avoir été dans Iphigénie en Tauride à Amsterdam, je fais Eugène Onéguine. Tout de suite après, je m’envole vers Genève pour chanter dans l’opéra Le comte Ory de Rossini. Mon calendrier est planifié au moins trois ans à l’avance», souligne-t-il.
Même si le milieu de l’opéra à Québec – plutôt limité – a gagné quelques galons dernièrement grâce à la première édition du Festival d’opéra de Québec, il lui reste encore beaucoup de chemin à parcourir, selon Jean-François Lapointe.
«Souvent, le problème ici est le manque de commandites. En Europe, les salles d’opéras sont des théâtres municipaux qui fonctionnent à même le budget de la Ville. Les chanteurs sont sur la liste de paie de la Ville, comme des fonctionnaires. (…) Au Québec, on ne passe plus vraiment de musique classique à la radio ni à la télévision, mais d’un autre côté, les salles sont toujours pleines et les cloisons n’existent plus. Des spectateurs peuvent autant aller voir un opéra qu’un show rock», soutient le baryton.
Groupe Québec Hebdo.
Eugène Onéguine est présenté les 22, 25, 27 et 29 octobre à la salle Louis-Fréchette du Grand Théâtre de Québec. Les paroles sont surtitrées en français. Les billets sont en vente sur le réseau Billetech.
