Réflexion sur les enjeux liés aux attentats et à la radicalisation


Publié le 5 mai 2017

Sous le thème «Faire face ensemble», le 7e Séminaire international de sécurité civile du Centre RISC tirait des leçons des récents actes terroristes.

©(Photo TC Media – François Cattapan)

COLLOQUE. Parmi les aléas qui menacent nos sociétés et envers lesquels nous sommes exposés figurent les actions de malveillance, dont l’action terroriste est la plus crainte. Cette réalité contemporaine était au cœur du 7e Séminaire international de sécurité civile tenu au Centre RISC du Campus Notre-Dame-de-Foy.

La matinée de vendredi a été consacrée à un débat d’opinion sur les nouveaux enjeux sociaux, politiques et démocratiques liés aux attentats et au phénomène de radicalisation. Composé de Djemila Benhabib, Joseph Facal, Louis Balthazar et Louis-André Richard, le panel d'experts invités a échangé sur ces sujets aussi délicats que vitaux pour le maintien du bien commun et des acquis démocratiques.

Désormais, les actions violentes ne sont plus l’apanage des grandes capitales et aucune ville n'est à l’abri.

7e Séminaire international de sécurité civile du Centre RISC

Les participants présents au Centre RISC (pour recherche et innovation en sécurité civile) ont été appelés à faire le point sur les actes de terreurs survenus récemment à Paris, Nice, et Bruxelles, mais aussi à observer la situation au Québec. Il en ressort que l'usage de la violence à des fins politiques, religieuses ou idéologiques n’est pas nouveau.

Fusillade et non attentat

Toutefois, nous assistons depuis peu à un changement de paradigmes en matière de menace à la sécurité. L’action terroriste et l’action individuelle délibérée s’entremêlent de façon confuse. À la question : la fusillade à la mosquée de Québec était-elle un attentat? Les panellistes ne se sont pas défilés. La réponse a été catégoriquement non!

Le panel d'experts était composé de Louis Balthazar, Djemila Benhabib, Louis-André Richard et Joseph Facal.
(Photo TC Media – François Cattapan)

Pour Djemila Benhabib, il s'agit clairement d'un acte isolé, qui n'a été suivi d'aucune revendication  «Habituellement, renchérit Joseph Facal, un terroriste est le soldat d'un réseau organisé ou soutenu par celui-ci. Il ne semblerait pas que ce soit le cas de l'auteur de ce drame.»

Un représentant des forces de l'ordre s'est empressé de noter que durant et après cette tragédie survenue le 29 janvier à la Grande mosquée de Québec, les porte-parole policiers n'ont jamais parlé d'attentat. «Par déformation professionnelle, dit-il, notre démarche s'appuie toujours sur des preuves. Pour l'instant, Alexandre Bissonnette fait face à des accusations (6) de meurtre. Avant que s'ajoutent des accusations de terrorisme, il faudra s'assurer de pouvoir le prouver, ce qui n'est pas chose faite.»

Selon Mme Benhabib, «la qualification de l'acte est allée hyper vite dans les médias et, surtout, les réseaux sociaux. Les politiciens ont aussitôt fait de la récupération partisane, en parlant de terrorisme. Pourtant, ils n'ont aucune expertise en la matière.»

Un participant a demandé aux membres du panel si la base de la lutte à la radicalisation et à l'extrémisme religieux ne devait pas résider dans la promotion de la laïcité. Une observation qui a été renforcée par le mot de la fin de M. Facal : «croire sans preuve (religion) peut parfois mener à agir sans discernement (terrorisme)».

Déstablisation et polarisation

Un autre constat préoccupant émerge des deux jours de réflexion sur la sécurité civile. Désormais, les actions violentes ne sont plus l’apanage des grandes capitales et aucune ville n'est à l’abri. Au-delà des mouvements organisés, la moindre action individuelle suffit à déstabiliser l’ordre social et à remettre en cause nos institutions, mais aussi les fondements de nos sociétés.

«Combinés aux nouvelles réalités de communication, ces événements pénètrent le cœur de nos sociétés entraînant dans leurs sillages d’extraordinaires mouvements de solidarité, mais aussi une polarisation des points de vue. Bref, le terrorisme évolue et les premiers intervenants doivent mieux le comprendre», font valoir les organisateurs de ce 7e Séminaire international de sécurité civile. Avec pour thème «Faire face ensemble», l'objectif visait à faire un retour sur les expériences et les apprentissages tirés des récents actes terroristes survenus en Europe.

TC Media